Février 1980. Sophie Maupu a 13 ans, et est encore une collégienne de quatrième au CES Marie Curie de Gentilly. Un désir de faire du cinéma? De devenir comédienne? Non, pas vraiment. Elle cherche du travail pour financer ses vacances. Décharger des camions sur les marchés, à l'aube, juste avant de se rendre à l'école, vendeuse occasionnelle, elle l'a déjà fait. Elle ne trouve rien. Les temps sont durs, même pour des petits travaux temporaires! Et puis, voilà que par hasard, en lisant un journal, Sophie et ses parents tombent sur une petite annonce demandant des adolescents pour des photos. Sophie s'inscrit. Sans illusions…
De son côté, Françoise Menidrey, la directrice du casting de La boum, le prochain film de Claude Pinoteau, recrute dans toutes les agences. Un mois après la séance de photos, Sophie reçoit un coup de téléphone pour aller sur le casting du film. La jeune fille se rend au rendez-vous avec son père, rue Madeleine-Michélis, à Neuilly-sur-Seine, toute frêle dans sa robe violette qui lui bat les mollets. Face à elle, une nuée de bambines à couettes échappées des romans de la comtesse de Ségur. Son père se lève pour partir, elle résiste : "S'il te plaît, laisse-moi encore une chance! Si je ne suis pas la suivante, c'est promis, on s'en va d'ici".
C'est à elle. Elle entre, droite, presque distante. Elle est la 43e sur près de 1000 adolescentes à passer dans le bureau de la directrice du casting. Contrairement aux autres, elle ne cherche pas à séduire, elle reste elle-même.
Elle est contactée à nouveau un peu plus tard pour faire un bout d'essai pour le film, sous les yeux de Claude Pinoteau et Danièle Thompson, la scénariste. Elle lit quelques lignes du scénario, avec un naturel et une simplicité étonnantes. Françoise Menidrey s'en souvient encore : "Quelque chose s'est produit. Une évidence". Le réalisateur sait alors qu'il a trouvé Vic, l'héroïne de son film.
Sophie entame le tournage le 17 juillet 1980. Le tournage s'achève la veille de la rentrée scolaire. Emballé par les rushes, Alain Poiré, le PDG de la Gaumont, la met illico sous contrat.
Avant la sortie, Sophie, suivant les conseils qu'on lui donne, décide de changer de nom : "On m'a donné toute une liste, avec beaucoup de noms d'avenues. J'ai choisi Marceau pour pouvoir garder mes initiales."
Sophie Maupu, devenue Sophie Marceau, n'a plus qu'à aller reprendre les chemins de l'école en attendant la sortie du film...
Les premiers jours d'exploitation du film seront très décevants : il faut croire que les adolescents n'ont à priori pas une folle envie de voir ce film au titre démodé, qui leur vend l'image d'une jeunesse bien sage, trop gnan-gnan. Et puis, peu à peu, les salles se sont remplies et, au fil des semaines, La boum est devenu un énorme succès. En France (4 500 000 entrées), en Italie, au Japon, partout. Le concept du film a un peu tapé à côté de la plaque, mais son héroïne, Sophie Marceau, est en plein dans le mille.
A quatorze ans, elle est déjà à l'aise partout : pour les couvertures de magazines, elle prend d'instinct des poses de mannequin... Premières interviews, une pub pour le savon Lux Beauté, destinée au Japon...
Après La boum, Sophie commence à recevoir 20 lettres par jour, chez elle, puis des cartons entiers, à la Gaumont, jusqu'à 180 000 lettres au total. "Au départ, j'ai répondu à environ 10 000 lettres avec l'aide de Claude Pinoteau, et j'ai craqué. On a du passer une annonce dans les journaux de jeunes pour dire : S'il vous plaît, arrêtez d'écrire. Ca me fait très plaisir, mais je ne pourrai vraiment plus y répondre!"
Malgré tout ça, elle fait preuve d'une maîtrise tranquille à laquelle s'ajoute un charmant étonnement devant l'intérêt qu'elle suscite.
Claude Pinoteau s'improvise impresario puis, dépassé, passe le relais à Georges Beaume, l'homme "qui a fait Delon". Reine d'un monde dont elle ignore encore tout, Sophie improvise. Sur les plateaux de télévision, elle répond gentiment aux questions. A la maison, elle est une ado comme les autres, qui adore Murray Head et Yannick Noah, et s'invente des régimes avec ses copines de pour maigrir... Bref, elle est Vic en moins nunuche, plus téméraire, moins obéissante...
Sa carrière est alors lancée... on connaît la suite.
Mathieu Kintz
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