  Née le 17 novembre 1966, Sophie Maupu passe son enfance dans un pavillon de banlieue à Chelles, puis dans un HLM de Gentilly, au sud de Paris. Elle vit alors dans un milieu simple et modeste. "Une chose est sûre, je ne voulais pas de la vie que je voyais autour de moi. Dans notre banlieue modeste, j'avais sous les yeux un monde triste ; je n'avais pas d'idée sur ce que je ferais, mais je savais que je voyagerais".
A l'époque, son père, Benoît Maupu, un ancien de la guerre d'Algérie, exerce tour à tour la profession de barman, peintre, puis celle de chauffeur routier.
Sa mère, Simone, est démonstratrice au rayon jouets des Galeries Lafayette.
Par la suite, le couple reprendra une brasserie, Le Pharaon, rue Crozatier, dans le 12e arrondissement de Paris, puis une autre à Sceaux, dans les Hauts-de-Seine. "Mes parents sont d'un milieu simple. Papa faisait plusieurs petits boulots. Maman s'est arrêtée huit ans pour nous élever, mon frère et moi. On habitait en banlieue, mais j'en ai gardé de bons souvenirs. On peut vivre très correctement, même avec très peu d'argent, en tout cas quand on est enfant".
Sophie a donc un frère, Sylvain, de trois ans son aîné. Les Maupu forment une famille sans histoire, unie, travailleuse. La semaine est occupée à plein temps dans la brasserie, les week-ends, on les passe à La Cabane, une petite maison aménagée à Vert-le-Petit, dans l'Essonne. Leur seul luxe.
Petite, Sophie se sent à l'aise dans l'univers prosaïque, bruyant, presque exclusivement masculin de la brasserie. Accaparés aux fourneaux, ses parents n'ont pas toujours l'œil sur elle. Tant mieux : ça lui laisse plus de temps pour fureter à sa guise et faire les quatre cents coups avec son frère, Sylvain, et leur cousin Jacques, qui l'enhardissent en la ficelant sous le lit ou en l'abandonnant perchée sur un arbre. Déjà, elle n'a peur de rien : à onze ans, elle se fait prendre à chiper des quarante-cinq tours dans un supermarché porte d'Italie, provoquant la fureur de ses parents. Un autre jour, remontée contre son père à la suite d'une querelle, elle décide de se venger en cachant des abats dans la salle de son restaurant...
Quand ses parents reçoivent des amis, Sophie court se cacher sous son lit. Les adultes lui font peur. Ils l'impressionnent et elle n'a aucune envie de leur adresser la parole. Alors, elle reste là, seule, immobile, étendue sur le dos, dans l'ombre, à rêver, souvent pendant des heures. Des rêves tout simples : Ceux d'une fillette aux joues pleines, aux boucles blondes (depuis ses cheveux sont plutôt châtains), un petit garçon manqué, qui se voit camionneuse, "comme papa", ou bien marchande d'artisanat, et qui adore se battre à l'école.
A l'école aussi, Sophie aime s'amuser. Un peu trop même. Elle se met en scène et invente des sketches. "Mes profs se marraient. J'arrivais un matin couverte de paillettes, le lendemain très sage". Les études la rebutent, la lecture aussi, à part Molière, qui la fait rire, et Lucky Luke...
Sophie adore déjà les animaux. Avec son frère Sylvain, elle recueille les chats errants, les animaux abandonnés. Elle a baptisé Scotch son premier chien, et a par la suite adopté un berger allemand à la SPA. Elle a également eu un chat, qu'elle a appelé Bidule, mais celui-ci s'est refusé à déménager avec la famille Maupu lorsque celle-ci a quitté Gentilly. Sophie en a pleuré, mais a appris ce jour-là qu'il faut respecter l'indépendance d'un animal.
A l'adolescence viendra le temps des premiers baisers (à douze ans, sous une tente) et des premières interrogations sur l'avenir. Elle voudrait s'affranchir de toute tutelle, habiter une grande maison de pierre ancrée sous les falaises, en Normandie, avec ses copines. Tout paraît si ennuyeux à Gentilly! Pas encore une adulte, déjà plus une enfant, elle cherche à se vieillir, enfile des collants et se met du rouge à lèvres avant de filer au collège.
La révélation suivra...
Mathieu Kintz |