Le 20 août 1997 sort en salle Marquise de Véra Belmont. Sophie y incarne Marquise du Parc, danseuse que son père prostitue pour quelques deniers. Sa chance est de croiser la troupe de Molière, L'Illustre Théâtre, et d'épouser son premier comédien René Du Parc, dit Gros-René.
C'est autour de Sophie que le projet du film s'est construit. La productrice-réalisatrice Véra Belmont cherchait un sujet qui lui convienne : "Je savais qu'elle pouvait faire des choses formidables. En particulier dans un registre peu exploité chez elle : celui de la fantaisie et de l'amusement".
Ce qui a intéressé Sophie dans le projet de Marquise, c'est le rôle : "La vie de Marquise est très riche. Elle a rencontré les plus grands créateurs de son temps : Molière, Racine... En plus, il y a l'écriture de Gérard Mordillat : ses dialogues sont pleins d'esprit. De délicatesse. Et puis, c'est excitant de jouer une actrice. Je me retrouve dans Marquise. Le film est juste sur l'état de la comédienne, sur le fait que, dans un personnage, on met son expérience mais aussi ce que l'on est. Cette fois, je suis peut-être un peu plus "à nu", parce que Marquise est une actrice, comme moi".
Cette superproduction au casting éblouissant avec Bernard Giraudeau (Molière), Lambert Wilson (Racine), Thierry Lhermitte (Louis XIV), Patrick Timsit (Gros-René) et Anémone (la Voisin) et au budget confortable (60 millions de francs) doit consacrer le grand retour de Sophie dans le cinéma français populaire.
Mais à quelques jours de la sortie du film, à la surprise générale, elle choisit de descendre l'œuvre dans la presse plutôt que de la défendre : "Tout, dans ce film, n'est qu'usurpation. Il a l'air meilleur que ce qu'il n'est vraiment". Bien sûr, elle lui reconnaît, et c'est bien le moins, des "qualités esthétiques". "Mais, explique-t-elle, c'est parce qu'il est bien servi par le jeu des acteurs et que je ne quitte jamais l'écran. Je suis désolée, mais si l'actrice qui joue le rôle de Marquise n'aurait pas fait son travail, il n'y aurait pas de film".
Véra Belmont n'aurait pas apprécié. Ce qui semble un peu normal, quand on sait que depuis trois ans, elle travaillait sur ce projet. Elle y a mis son énergie, son argent, sa réputation. De plus, Sophie n'y va pas de main morte sur le jugement de la réalisatrice : "Véra Belmont est incompétente tant sur le plan artistique que technique. Mais elle est une productrice maligne".
Sophie exprime alors les raisons de ses désaccords avec la réalisatrice : "J'ai passé mon temps à résister à Véra Belmont! Je bouillais. Sa mise en scène me paraissait absurde. Comme ses rapports avec les comédiens. Les vedettes lui importaient beaucoup ; mais les autres... Et quand un réalisateur n'a pas la force de m'imposer son univers, à supposer qu'il en ait un, je suis ma route telle que je l'entends. Ça crée forcément des conflits".
Mais ce règlement de compte tardif, par l'intermédiaire de la presse, a une histoire : Selon Sophie, le tournage de Marquise, réalisé durant l'été 1996 dans dans les studios de Cinecitta, à Rome, a été pour elle un vrai cauchemar. L'équipe était énorme, on comptait parfois plus d'une centaine de figurants autour du plateau. Sophie à du rester sur place pendant tout le tournage. Soit trois mois au total. Pendant trois semaines, tout allait bien. Puis est survenu le clash. Sophie aurait demandé à voir les rushes d'une scène où elle danse sous la pluie, et serait sortie furieuse de la salle de projection en menaçant d'abandonner le tournage. Alertés, les producteurs de la société AMLF se sont affolés. Ils auraient obligé la star à voir un médecin pour vérifier son état nerveux. Humiliée, Sophie aurait quitté le studio, et serait revenue le lendemain, en posant ses conditions. Dorénavant, elle ne parlerait plus à Véra Belmont et ne recevrait donc d'elle aucun ordre direct.
Dominique Besnehard, l'agent de Sophie, raconte : "Sophie venait d'enchaîner trois films américains à l'organisation rigoureuse, et elle arrive sur un plateau où il n'y avait même pas de premier assistant. Elle a eu une telle sensation de pagaille, ça ne pouvait pas se passer bien". Sophie l'a justement appelé : "J'ai appelé mon agent, Dominique Besnehard, à Paris, pour qu'il me trouve un assistant capable de terminer ce film dans des conditions normales. Véra n'avait pas le choix. C'était ça où je m'arrêtais". Elle confie alors à un technicien qui tient à garder l'anonymat qu'elle terminera ce film "contrainte et forcée".
Xavier Castano, le "casque bleu" appelé en urgence sur cette guerre de tranchées, jouera le rôle délicat d'intermédiaire. Avec suffisamment de brio pour que l'actrice considère que son nom devrait apparaître au générique comme metteur en scène au côté de Véra Belmont. Pourtant, selon la presse, dans les studios, la comédienne aurait souvent piqué des colères blanches devant lui. Parce qu'elle trouvait la nourriture détestable, parce que les cafés lui arrivaient froids... Xavier Castano aurait encaissé, arrondit les angles. Au début de chaque prise, la réalisatrice lui explique ce qu'elle attend de l'actrice. Lui transmet à Sophie, qui n'est pas toujours d'accord. Elle envoie ses contrordres : "Cette caméra doit être sur moi parce que le film s'appelle Marquise!"
Ce jeu de patience acheva de mettre toute l'équipe à bout de nerfs. Les deux femmes se crêpent également le chignon sur le texte. "Véra me donnait des indications contraires au scénario". Ce à quoi la réalisatrice répond : "Elle appartient à cette catégorie d'acteurs qui montrent ce qu'ils savent faire. Et ensuite, la caméra doit se poser en fonction d'eux". Pour les membres de l'équipe de Marquise, l'attitude de Sophie s'expliquerait en partie par la relation qu'elle entretient avec Andrzej Zulawski. "Il a décidé de contrôler son image, raconte l'un d'eux. Chaque fois qu'il lui rendait visite dans les studios de Cinecitta, il lui démontrait que ce film n'était pas bon pour elle".
Le 17 novembre 1996, alors que le tournage touche à sa fin, Véra Belmont organise une fête pour son anniversaire et celui de Sophie. Les deux ennemies sont en effet nées le même jour, à trente-cinq ans d'intervalle. Zulawski a fait le déplacement depuis Paris. Après avoir réconforté sa femme, il se serait levé et aurait expliqué à Véra Belmont comment selon lui elle devrait tourner son film. Sophie aurait observé la scène en silence... A une semaine de la sortie du film, annoncé à grand renfort de publicité, Sophie a annulé toutes ses interviews télévisées.
Véra Belmond à du mal à digérer... "Marquise, je l'ai fait pour elle et je suis malgré tout contente du résultat. Mais être à ce point méprisée, croyez-moi, c'est très difficile à supporter". Elle trouve une autre raison au comportement de Sophie. Elle pense que celle-ci a détesté être dirigée par une femme. Elle reconnaîtra tout de même n'avoir pas un caractère facile, et qu'elle n'a pas hésité à bousculer l'actrice quand elles n'étaient pas d'accord sur la conception du personnage, admettant que Sophie n'est pas l'entière responsable.
Sophie, elle, ne pense pas avoir trahi le film : "J'ai résisté à Véra Belmont, mais je n'ai jamais trahi le film. Au contraire. Je pense même que ce sont les acteurs qui ont sauvé ce film, qui l'ont "fait". Ils sont tous très très bons. Vraiment. Parce qu'il y a eu une vraie connivence. Lorsque cette confiance ne s'établit pas, la question qu'on peut se poser, c'est : "Est-ce qu'un acteur peut sauver un film à lui tout seul?" Je crois que oui. En tout cas, avec un type de la stature de Robert Mitchum, bien souvent on se fout de la médiocre qualité du film. Sa présence suffit".
Mais elle reconnaîtra avoir fait l'erreur d'accepter ce projet, croyant que son amour pour le rôle suffirait... Mais la vraie raison, je pense, à été trouvée par une voyante, amie de Sophie. Le fait est que l'actrice se prenait pour le metteur en scène et le metteur en scène pour l'actrice...
Véra Belmont à finit par intenter un procès à Sophie, toujours en cours, pour "manquement au devoir de promotion du film".
Mathieu Kintz |