
On ne peut imaginer couple plus dissemblable. Pourtant, lors de la dernière cérémonie des César, ils ont laissé éclater au grand jour la tendresse qui les unit depuis quinze ans.

L'ombre et la lumière.
Andrzej Zulawski, le metteur en scène à la réputation sulfureuse, est aussi ténébreux que
Sophie Marceau est lumineuse. Rien n'est plus contradictoire et troublant que l'union de ces deux caractère. L'attirance des contraires. Tout les sépare, jusqu'à la distance : Sophie installée depuis quatre mois à Hollywood.
Andrzej resté dans leur maison de Pologne. Et pourtant, ils s'aiment. Loin des yeux, mais près du coeur.

Le 6 mars dernier, ils apparaissent ensemble à la cérémonie des César. Sourires complices et regards tendres, que l'absence attise lorsqu'ils sont chacun à l'autre bout de la terre. Quinze ans de vie commune n'ont pas entamé leur amour, seulement leur façon de le vivre. Quand il le peut,
Andrzej rejoint aux Etats-Unis sa compagne et leur fils. Vincent, 3 ans et demi, inscrit dans une école française de Los Angeles. Mais
Sophie navigue aussi entre deux avions, occupée par le tournage du
James Bond aux côtés du fringant
Pierce Brosnan.

A 32 ans elle veut maintenant voler de ses propres ailes, affranchie de son pygmalion, qui affiche volontiers ses titres de noblesse polonais face à cette fille issue d'une famille si française. N'a-t-elle pas emprunté son pseudonyme à un général d'Empire, qui a donné son nom à I'une des plus belles avenues de Paris? Elle n'aurait pas pu choisir une impasse ? La voie était royale pour la petite
Maupu devenue
Marceau. Souvenez-vous, A 14 ans, l'adolescente aux joues pleines devient le modèle quasi universel de toute une génération affublée de pulls trop longs, les filles forçant sur le stick brillant pour afficher des moues humides.
Sophie aurait pu rester l'éternelle minette de
La Boum, mais elle en avait décidé autrement. "
Je voulais être cultivée", se souvient-elle, une gageure quand on a débuté dans un rôle aussi populaire. Offerte en pâture,
Sophie veut être aimée pour son intelligence plutôt que pour son joli minois. Elle veut forcer l'admiration des critiques acerbes qui la font souffrir. Que les "intellos" lui décernent les bonnes notes qu'elle n'a pas décrochées à l'école, lâchée en classe de première.

Elle s'y prend mal. Les choix de
Sophie font sourire ou grincer, laissant ses détracteurs confortés et ses défenseurs démunis. Car passer de
La Boum, bluette sympathique, à
L'Amour braque, drame hystérique et enragé, a de quoi surprendre. Ou décevoir. Mais la rencontre avec
Andrzej Zulawski, réalisateur de ce film noir, marque un tournant décisif dans la vie de
Sophie. Un coup de foudre. Elle a 18 ans, lui 44. Elle évolue dans un cinéma populaire, lui dans le genre "art et essai" halluciné et paroxystique. Aux yeux de
Sophie, c'est un intellectuel, un vrai, qui peut l'arracher à son image. Elle rit: "
On aurait préféré que je tombe amoureuse du prince de Monaco!" Eperdue d'admiration, elle suit encore
Zulawski dans
Mes nuits sont plus belles que vos jours,
La Note bleue enchaînant les ratages retentissants. Elle n'en aime pas davantage son image, moins encore ses films, même les meilleurs, comme
Police, où elle descend en flammes
Pialat, le réalisateur: "Un cauchemar!"
Andrzej reste envers et contre tout son mentor: "
J'aime son influence, ,je l'ai choisi."

Leur passion si intense ira jusqu'au bout. Jusqu'à la plus délicieuse des issues : la naissance de Vincent. Ils ont l'un pour l'autre un respect mutuel qui préserve leurs sentiments. Le chemin a été long et difficile. De l'aveu de
Sophie,
Andrzej s'en est voulu de l'avoir entraînée dans son univers équivoque : "
Mais, avec le recul, je me demande si je ne lui ai pas fait plus de mal que lui ne m'en a fait," confie-t-elle. Aujourd'hui rassasiée, adulte,
Sophie rebondit ailleurs : "
C'est à moi désormais d'orchestrer ma vie." Elle possède la légèreté de sa jeunesse, qui paraît intouchable, la vivacité de l'élève accomplie qui dépasse le maître. La maternité a aussi contribué à révéler
Sophie à elle-même, plus sereine, apaisée, entamant une nouvelle phase : "un recommencement". Pour
Sophie, l'amour doit aussi ménager des parenthèses : "
Il faut savoir doser pour que l'absence ne devienne pas dangereuse." Des routes qui se séparent pour mieux se retrouver. En tournant le rôle d'Elektra King avec 007, contrat qui a échappé à
Sharon Stone, elle ose avec ravissement : "
Le sérieux, ça va, j'ai donné! J'ai fait ma carrière sur des films populaires. Je crois être quelqu'un de populaire. Je viens de là." Un long chemin pour y revenir sans renier les choix du passé.