| Introduction |
| Questions - Réponses... |
Sophie : Non, mais je suis bien obligée de choisir ce qu'on me propose. Et ça tombe bien parce que j'aime les films d'époque, même si aujourd'hui j'ai envie d'autre chose. |
Sophie : Plus simples? Je ne suis pas quelqu'un de simple. J'ai envie de tout faire aujourd'hui, je m'en sens capable. On a besoin de se chercher, de se trouver dans la vie pour ensuite s'en débarrasser et ne plus souffrir. |
Sophie : Kubrick a dit que le cinéma était un autre temps. Alors, qu'il soit d'époque, de science-fiction ou contemporain, on est toujours ailleurs. Et puis, je ne suis pas un auteur, je ne fais pas des films parce que j'ai quelque chose à dire ou parce que quelque chose me révolte ou me blesse. Ce qui m'intéresse, c'est d'entrer dans un personnage et dans son destin. |
Sophie : Demandez-leur pourquoi ils ne m'ont jamais approchée... Il y a des comédiens qui appellent tout le monde et disent: "Vous êtes formidable, je veux travailler avec vous." Moi, j'ai peur de déranger, tout simplement, ce n'est pas une question d'orgueil. S'ils ont envie de me rencontrer, avec plaisir. On me dit : "Rendez-vous demain à 8 heures", j'y vais sans problème. |
Sophie : Si, pleins de choses. |
Sophie : Les films de Sautet, mais Emmanuelle Béart était très, très bien... Oui, ça j'ai regretté, c'est un metteur en scène que j'adore, ce sont des rôles très beaux. Mais en fait c'est vraiment le seul. |
Sophie : Et il y a longtemps. [Rires.] Attendez, pire que ça, je n'ai été nominée qu'une fois en dix-huit ans. Ça m'amuse, je me dis: "Ils font exprès de faire comme si je n'existais pas." |
Sophie : Non. Et maintenant, je serais bien emmerdée parce qu'en vingt ans j'aurais trop de gens à remercier! [Rires...] |
Sophie : J'ai rencontré Kassovitz à Hollywood pour la première d'Alien IV. Je suis allée le voir, mais lui, il ne m'a pas vue, genre... je lui ai serré la main en lui confiant que j'avais adoré son film, Assassin. Il a été descendu à sa sortie, c'est pourtant l'un des meilleurs films français depuis très longtemps. |
Sophie : Moins. Mais je viens de voir quelque chose de pas mal sur la banlieue, États des lieux, vous connaissez? |
Sophie : Ah bon? J'aimerais bien le voir. La réalisation d'États des lieux est vraiment bien. Il passe d'une caméra subjective à la fiction... La fille qui baise dans le garage à la fin, c'est très fort. |
Sophie : J'ai dit ça parce que les mots me font horriblement peur. J'ai déjà réalisé un petit film (un court-métrage en 1995 : L'Aube à l'envers), où les personnages ne se disent quasiment rien. Je peux évidemment parler pendant trois heures, c'est pas compliqué, mais dire ce qu'on est, dans quel état on est, des choses qu'on vit intimement et tout... je garde tout. C'est pour ça que j'ai appelé mon livre Menteuse, encore une échappatoire! Mais ça mûrit, un jour, je me livrerai, il faut du temps, il faut digérer. |
Sophie : Si, c'est le seul, heureusement. |
Sophie : Non, non. J'ai des amis mais je les vois très peu, comme je ne suis pas beaucoup à Paris. Et les confidences aux copines, ça n'a jamais été mon fort. |
Sophie : J'ai rien dit de mal sur le film. J'ai fait beaucoup de promotion, c'est ça défendre un film. |
Sophie : Non, oui, c'était un truc à régler entre elle et moi, et voilà. [Silence.] |
Sophie : Non, non, "rien de rien, je ne regrette rien"... [Elle chantonne.] |
Sophie : [Silence.] Non. |
Sophie : Hum, la gaieté. Pendant longtemps [elle prend une grande voix...], j'étais très sérieuse, rebelle, noire et obscure. |
Sophie : Non, je pense que les gens savent exactement qui je suis, je le vois quand ils viennent me parler, me demander un autographe. |
Sophie : Oui, c'est comme un destin, ça a commencé à 13 ans et l'histoire se poursuit vingt ans après. Mais ça ne veut pas dire que ça va continuer... je ne sais pas. |
Sophie : J'aime les hommes qui me font rire. Ce Robin Williams, je l'adore. Je l'ai vu aux oscars, c'est le seul qui était à peu près bien, pas génial, mais à peu près bien. En plus, il a l'air bien compliqué. |
Sophie : Oui, oui, oui, j'adore. En tout cas, Andrzej (Zulawski, son mari) m'a fait rire la première fois. Il était surpris, il me demandait : "Pourquoi vous riez tout le temps?" Il est vraiment très, très drôle. |
Sophie : Ceux qui pensent depuis quinze ans qu'il décide pour moi, qu'il lit mes scripts, continueront à le penser dans vingt ans. Vous ne le leur enlèverez pas de la tête. Et puis vous savez, moi, je le dis fermement, je vis avec quelqu'un qui m'influence parce que j'aime son influence, j'ai choisi son influence. Ça s'appelle de la communication. J'envisagerais mal de vivre avec quelqu'un dont je ne partage pas les idées, qui détesterait le cinéma que je fais. Ce qui n'empêche pas qu'on soit très individualistes aussi, qu'on ait chacun nos trucs. |
Sophie : Non, lui il écrit des livres que je ne peux même pas lire parce qu'ils sont en polonais! Mais il a écrit aussi de sublimes scénarios qui n'ont pas été réalisés... C'est difficile, le vrai cinéma d'auteur, surtout dans un système qui veut que tout le monde pense ou achète pareil. |
Sophie : Je ne les ai pas vus... Mais ce ne sont pas des films choquants ou difficiles, ce sont des films qui vont assez dans le sens du poil, si j'ose dire. |
Sophie : ... Ça parle des choses de la vie, c'est un cinéma très réaliste alors que le cinéma d'auteur, comme le Dracula de Coppola, c'est tout sauf réaliste, c'est génial, c'est stylisé, ça rentre encore moins dans le système. |
Sophie : Disons que c'est comme quand vous jetez du pain à la poubelle et que vous savez qu'il y a des enfants qui crèvent de faim ailleurs, ça vous rend fou de rage, vous avez des prises de conscience qui vous étouffent de tristesse. |
Sophie : Non, c'est très excitant, parce que le présent est intéressant, parce que ça évolue bien. Je ris toujours autant. Et moi non plus, je ne sais pas qui je serai dans quinze ans... |
Sophie : C'est la guillotine, oui. |
Sophie : Attendez, je n'ai pas une seule proposition française, ça fait presque deux ans que je n'ai pas tourné, et vous dites que c'est l'âge d'or ! Je dois faire peur aux gens du métier. Enfin, je suis habituée à avoir des vides après chaque film. |
Sophie : Je suis dans ma maison à Varsovie, je lis, je m'occupe de mon fils, je fais le ménage. J'ai l'air bordélique mais je suis très maniaque en fait. Les femmes ont besoin de faire du ménage, ça les défoule, elles ont tellement d'énergie que lorsque la vie reprend son cours il faut qu'elles s'agitent. On est formidables, pour ça. Moi je suis capable de faire trois salles de bains et trois chambres dans la foulée! |
Sophie : Non, même de façon inconsciente, cette chose-là n'a jamais été inscrite dans mon karma ou mon coeur. Je ne peux pas envisager une situation si désespérée. Parce que moi, j'ai le choix. Je peux élever mon enfant, l'assumer complètement. |
Sophie : Avant d'avoir Vincent, je n'avais pas d'instinct maternel. Avec lui, j'ai appris que j'aimais les enfants, j'ai découvert la richesse de leur monde. La maman à peine née, si j'ose dire, ne savait rien de ces choses-là. Je n'avais jamais eu de petit, là, à côté de moi, une heure, seule. |
Sophie : C'est un petit mec, il faut l'élever à la dure! [Rires.] Non, on est très tendres, très proches, je ne m'en sépare jamais, quand je suis en Pologne, à Paris ou en Italie, il me suit. Il n'y a que lorsque je vais aux Etats-Unis qu'il reste avec son papa. Trop de décalage, dans l'avion, il s'ennuierait. Je lui apprends le monde, le ciel, l'imagination, les choses de la vie. |
Sophie : C'est pas prévu, j'ai pas envie. Pour le moment, c'est lui le petit roi, c'est clair qu'il est gâté d'amour. Il est curieux de tout, sensible, ouvert sur les autres. Il aime bien être seul aussi... Il pose tout le temps des questions: "Pourquoi toi t'aimes pas les carottes et moi oui." Je lui réponds : "Parce que toi, c'est toi, maman, c'est maman." |
Sophie : Oui, je suis comme un chien, un chat plutôt. J'ai besoin de dépendre d'une structure familiale, c'est la vie, c'est l'amour, c'est la compréhension, c'est ce qu'il y a de plus important. |
Sophie : Mais je vous parle là de MA famille, celle que j'ai construite... même si je reste très proche de l'autre, de mes parents. Il y avait aussi à l'époque des histoires de paperasses administratives. J'ai eu des rapports difficiles avec mes parents, ils comprenaient mal que je change de nom... et puis surtout j'avais ce grand désir d'indépendance car je me suis toujours sentie un peu différente, ce qui ne veut pas dire que je manquais d'amour. |
Sophie : La vie de mes parents est très courageuse, très brave. je n'ai jamais réfléchi en ces termes-là. D'ailleurs, je voulais être routier comme mon père, je n'avais pas d'ambition, genre : "Moi, je serai docteur et mes parents sont des nazes." Au contraire, j'ai commencé à travailler très tôt parce que je voulais être comme eux. |
Sophie : Le sens du travail bien fait, honnêtement, celui qu'on peut mettre à la lumière, comme il est écrit dans la Bible. Quand on habitait à Gentilly (une ville communiste de la banlieue parisienne, Ndlr), je n'ai pas été élevée à la communiste, contrairement à d'autres. Mes parents étaient plus chrétiens dans leur éducation, même si je n'ai jamais eu d'éducation religieuse parce que mon père avait été lui-même un peu persécuté par ma grand-mère, une vraie bigote. |
Sophie : Tous mes copains étaient communistes. Le père de mon petit ami, Jacques, vendait L'Humanité tous les dimanches matin à Gentilly. C'était un homme très sympa, leurs enfants étaient déjà très mobilisés sur le racisme, la condition des ouvriers, l'intégration des gens dans les cités. Et à 12 ans, je me souviens qu'on avait des discussions politiques ardentes avec mon frère, qui n'était pas communiste du tout, et mon copain, Jacques. |
Sophie : Oui, j'ai un fond de communisme en moi, sauf que je vis avec un Polonais qui, lui, a vécu ça de façon réelle, c'est-à-dire Staline et compagnie. |
Sophie : Oui, parce qu'il me manque des bases en syntaxe, en structure, des connaissances qui sont comment dire... J'arrive pas très bien justement à l'exprimer, je n'arrive pas à donner des noms aux choses. |
Sophie : J'essaie mais c'est difficile de revenir sur ce que l'on n'a pas acquis avant 20 ans. C'est très scolaire, très chiant, donc j'avance plutôt sur autre chose. D'ailleurs, j'ai toujours été surprise de voir des enfants qui flippent à l'idée de ne pas avoir fait leurs devoirs, d'avoir des parents qui surveillent tout. Moi, ça n'a jamais été comme ça. S'ils entendent ça, ils vont être furieux. [Rires.] Mais mes parents travaillaient beaucoup, ils avaient pas le temps de vérifier nos devoirs. L'école, c'était vraiment pas important même si j'adorais mon collège. Après le succès de La Boum, je suis arrivée dans un nouveau lycée à Paris. Je me souviens encore de la rentrée où je me suis retrouvée face à 1200 lycéens qui me regardaient comme une bête curieuse. Ce n'était pas méchant mais je ressentais leur nombre comme une agression. Un autre jour, on avait tapissé la porte de ma classe avec des posters, des photos de moi. J'ai quitté ce lycée au bout de six mois pour un établissement privé. C'était plus sympa mais l'école m'emmerdait. Je suis partie un mois avant mon bac français. |
Sophie : J'ai envie de faire des films là-bas. J'aime beaucoup l'Amérique, leur façon de travailler, leur cinéma. |
Sophie : J'ai trouvé la réalisation formidable, incroyable. Mais je n'ai pas chaviré parce que c'est assez vide. Il y a un charme, une volonté, mais, intellectuellement, ça ne m'a pas marquée. |
Sophie : Les deux, mon capitaine! Je vous le dirai à 60 ans. Mais les deux, je crois. |
Sophie : Je n'ai jamais été un objet. |
Sophie : C'est vrai. Ou on se marie avec eux ou on les déteste! Mais si vous dites ça, je suis morte! |