Introduction

Elle est la plus populaire des actrices françaises. Elle tourne dans le monde entier et vient d'être consacrée James Bond girl. On l'adore ou on la critique. Mais Sophie Marceau ne s'intéresse qu'à son compagnon, Andrzej Zulawski, et à leur fils, Vincent. Entretien.

"Vous êtes venus à deux? C'est gentil, ça fait un trio!" On n'est pas trop de deux pour rencontrer l'actrice la plus populaire du cinéma français, aussi célèbre pour ses boums que pour ses bangs, pour sa présence que pour ses absences. En délicatesse avec le cinéma français, c'est en Angleterre et en Espagne qu'elle est allée tourner le nouveau James Bond, "Le monde ne suffit pas". Elle y joue la méchante Elektra King contre le gentil Pierce Brosnan. Un bon souvenir, visiblement, mais dont elle parle du bout des lèvres, comme de tout. Disjonctée ? Rebelle ? Amère ? Malgré les apparences, elle n'est rien de tout ça. On a plutôt l'impression que Sophie s'en fout. De son image, du cinéma français, de ce qu'on peut dire ou penser d'ELLE. Ce qui compte, c'est son compagnon, Andrzej (prononcer Angel) Zulawski, et Vincent, leur fils de 4 ans et demi. Rencontre avec une femme libre, toujours bonne, même quand elle joue les méchantes.


Questions - Réponses...

Vous qui avez souvent fait l'éloge de la rondeur, vous n'avez jamais été aussi mince que dans le nouveau James Bond!
Sophie : Ah oui? Dites-moi donc de quoi j'ai l'air dans "Le monde ne suffit pas"?

Superbement mince. C'est à la demande de la production?
Sophie : Mais non, mais ça va pas? Je suis comme je suis! Les producteurs m'ont contactée alors que je tournais "Firelight" et que j'allaitais encore mon fils, c'est vous dire si j'étais maigre. Cela dit, je ne me suis jamais faite l'avocate des grosses. Je défends simplement le droit des gens à rester ce qu'ils sont. Pour être acteur, aujourd'hui, on n'est pas obligé d'être mince et beau, et c'est formidable. D'ailleurs, quand vous voyez les acteurs de près, ils n'ont que des défauts : ils sont petits, vérolés... ça ne les empêche pas d'être très bien sur un écran.

Comment vous trouvez-vous à l'écran?
Sophie : Je ne me regarde pas. Pendant le tournage, j'évite d'aller aux rushes.

Et vous regardez-vous dons le miroir?
Sophie : Tout le temps. Mais sans me voir vraiment. Je ne cherche pas à savoir si je suis jolie ou grognon, mais je surveille ma peau, mes dents, que tout ça reste en bon état, surtout quand je tourne, comme en ce moment à Paris.

Aimez-vous Paris?
Sophie : Ouais... C'est une très belle ville. Disons que certaines rencontres sont charmantes, mais la foule ne l'est pas. Malgré tout, je m'y sens chez moi. J'y suis de plus en plus souvent, depuis que mon fils est entré à la maternelle, l'année dernière. Je loue un appartement fonctionnel, moderne, avec un vis-à-vis monstrueux. Mes voisins ont une vue plongeante chez moi! D'autant plus que je n'ai même pas mis de rideaux. Mais tant pis, je m'en fiche.

Vous n'avez pas beaucoup vécu en France ces derniers temps...
Sophie : Depuis la naissance de Vincent, j'ai passé beaucoup de temps en Pologne. J'y ai une vraie maison, avec une âme et du charme. C'est là qu'avec Angel (Andrzej) et Vincent, nous allons passer Noël et le jour de l'An. L'été, nous allons en Corrèze, chez mes parents. Et puis, je voyage, j'ai passé beaucoup de temps à Los Angeles.

Pour y faire quoi?
Sophie : Je ne sais pas... rencontrer des gens, flâner, tourner... J'ai appris des choses. Ça m'a ouvert l'esprit.

Vous avez envie de faire carrière à Hollywood?
Sophie : Non, j'ai juste envie de faire des films un peu partout. Le monde bouge, il faut bouger avec!

Vous n'aimez pas le cinéma français?
Sophie : Je ne vais pas au cinéma et le peu de films que je vois en vidéo ne me plaisent pas. Le seul film français que j'ai eu envie de voir ces derniers temps, c'est "Assassins" de Mathieu Kassovitz, parce que tout le monde le démolissait. Je me suis dit que ça devait être dérangeant. Je suis allée le voir et j'étais ravie.

N'est-ce pas paradoxal de faire du cinéma et de ne pas y aller?
Sophie : Je ne suis pas là pour parler du cinéma mais de moi. Enfin, c'est un clin d'oeil...

Aimez-vous parler de vous?
Sophie : Il y en a qui vont voir des psychanalystes, moi je fais des interviews, c'est gratuit et, en plus, il y a de jolies photos qui vont avec.

Les psys sont tenus au secret, nous, on répète!
Sophie : Moi, je vous dis tout et, après, vous faites votre sauce, je m'en fiche.

Vous n'hésitez pas à balancer, parfois, comme après le tournage de "Marquise". Ça vous a porté préjudice?
Sophie : On ne peut pas plaire à tout le monde. On tire profit de ses erreurs aussi.

Quelles erreurs?
Sophie : Je fais des erreurs de choix. Il y a, dans ma filmographie, des films que je regrette d'avoir faits. Mais une carrière, c'est comme une vie, ça ne peut pas être tout le temps impec', carré, parfait.

Quand l'un de vos films ne marche pas, comment le vivez-vous?
Sophie : C'est assez rare que mes films ne marchent pas. Quand ça se passe moins bien, je brise net, je pars en Pologne, je vais faire mes courses au supermarché du coin.

Lisez-vous les critiques sur vous?
Sophie : Seulement les bonnes.

Comment pouvez-vous savoir avant si une critique est bonne ou mauvaise?
Sophie : On sait les choses. Mmmmm... L'information circule. Il suffit de la décoder.

On a l'impression que vous êtes en dehors de "la grande famille du cinéma".
Sophie : Mais je suis en dehors de tout ! C'est vrai que je ne dîne pas avec des gens du cinéma... Je ne dîne avec personne! Je vis dans une bulle que je me suis créée. Quand je ne tourne pas, je ne lis pas le journal, je ne regarde pas la télé, je n'en ai ni le temps ni l'envie. Ce qui compte avant tout, pour moi, c'est ma famille.

Vous êtes une sauvage?
Sophie : Ouais, un peu, non, je ne suis pas sauvage du tout. C'est juste que j'ai une vie super simple.

Que faites-vous quand vous ne travaillez pas?
Sophie : Je danse un peu sur des rythmes africains le dimanche, ça me détend. Je fais mes trucs à moi, je bricole à mes petites affaires, j'écris des choses. Et puis, surtout, il y a Vincent et Andrzej.

Depuis combien de temps vivez-vous ensemble?
Sophie : Quinze ans. Le couple, c'est bien si ça bouge, si c'est vivant, si c'est des douches froides. Ça se travaille.

Vous n'êtes pas mariés?
Sophie : Non, on a eu envie mais on n'a pas eu le temps.

Vous attendez le Pacs?
Sophie : C'est quoi le Pacs? Non, une simple régularisation administrative ne m'intéresse pas. Moi, j'ai envie d'une cérémonie religieuse, d'une fête, peut-être même d'une robe blanche, même si, en théorie, je n'ai pas le droit d'en porter une! J'ai eu une éducation très religieuse même si je ne pratique plus.

Votre fils est baptisé?
Sophie : Non, nous voulions qu'il ait conscience du sacrement qu'il recevait. Nous avons donc préféré attendre.

La maternité vous a-t-elle transformée?
Sophie : Transformée, non, mais elle m'a ouverte sur ce que j'avais de mieux en moi. Avoir un enfant, ça vous réveille, ça vous oblige à vous poser plein de questions sur les choses, depuis les origines. J'aurais adoré être maîtresse d'école, apprendre, non, pardon, enseigner.

Emmenez-vous Vincent partout avec vous?
Sophie : Oui, c'est formidable pour un enfant de bouger beaucoup. Comme on dit, les voyages forment la jeunesse. Il est né à Clamart, bon, sur son passeport, c'est pas très chic, c'est pas Genève ou New York! Mais il a fait ses premiers pas à Saint-Pétersbourg sur le tournage d'"Anna Karenine". Lorsque je tournais le James Bond, il allait à l'école à Londres. A 4 ans et demi, il parle déjà trois langues, français, anglais et polonais.

Quand vous tournez, comme en ce moment vous ne devez pas le voir beaucoup!
Sophie : Non, mais même si ce ne sont que dix minutes par jour, c'est dix minutes à fond la caisse. Vous savez, il a déjà son petit monde bien à lui, il est très éveillé. On vit en parallèle sans perturber trop son chemin, On s'arrange.

Vincent a vu "La Boum" à la télé?
Sophie : Non, moi-même je ne l'ai pas revu. Enfin si, enfin non, je ne sais plus... Ce qui est marrant, c'est que c'est presque un film culte. En ce moment, je tourne avec Guillaume Canet et il n'arrête pas de me chanter la musique de "La Boum". Je râle, je lui dis : mais t'es un fan!

Tourner avec son compagnon, c'est comment?
Sophie : Ça se passe très bien. Ce n'est pas une première vous savez. C'est quand même notre quatrième film ensemble. C'est bien, c'est un film sur la fidélité.

Recevez-vous beaucoup de scénarios?
Sophie : Non, je ne sais pas pourquoi, faut leur demander. Moi, je n'ose pas appeler les réalisateurs, je suis timide. La seule personne que j'ai sollicitée, c'est Stanley Kubrick. Je lui ai envoyé mes photos pour "Eyes Wide Shut"... Heureusement que je ne l'ai pas fait, mon Dieu! Non, je plaisante, je n'ai pas vu le film.

Peut-être que vous effrayez un peu les réalisateurs?
Sophie : Effrayer, c'est un peu fort comme mot, mais il doit y avoir de ça. Avoir un compagnon metteur en scène, ça n'aide pas, j'aurais mieux fait de choisir un danseur! Tout ça, c'est de la connerie, si les gens veulent vraiment de moi, ils peuvent m'appeler.

Vous êtes l'actrice française la plus populaire, pourtant on a l'impression que les paparazzis vous laissent relativement tranquille?
Sophie : Me photographier sortant du supermarché avec mes sacs à provisions, ce n'est pas follement excitant. Mais ils sont là. Au cas où. Récemment, nous nous sommes engueulés dans la rue, Andrzej et moi. Ils nous ont pris en photo mais je m'en fiche un peu.

Dans "Le monde ne suffit pas", vous jouez pour la première fois une méchante, ça vous a plu?
Sophie : C'est un vrai et beau personnage, un peu timbré. Le tournage, c'était amusant à regarder, une grosse machine organisée comme une armée, des décors impressionnants, des cascades, des robes sublimes, des gens qui vous disent que vous êtes belle, c'était vachement bien, c'était fun.

Le dernier Festival de Cannes était moins fun. La presse vous a sévèrement jugée, comment l'avez-vous vécu?
Sophie : Je suis partie tout de suite en Espagne. Je n'ai rien lu de ce qu'on a raconté. Je ne pouvais pas, j'étais trop mal, trop malheureuse. Simplement, j'aurais préféré que les réactions, les critiques s'expriment sur le moment, dans le Palais des Festivals. La salle était très tendue par l'énoncé du palmarès mais personne n'a réagi sur-le-champ. Non, rien, ils ont préféré me taper dessus après.

Vous ne vous attendiez pas à cette réaction?
Sophie : Je ne connaissais pas le climat de ce festival. J'étais arrivée à Cannes deux heures avant la cérémonie. J'ai tenté de me faire briefer sur ce qui s'était passé depuis le début de la quinzaine et tout ce que j'ai entendu, c'est des gens malheureux qui répétaient : "C'était mieux à Cabourg." Cela dit, je n'ai pas été pro, et je me suis sentie mal pour Gilles Jacob. J'aurais dû faire simple...

Par exemple, lire le texte qu'on avait préparé pour vous?
Sophie : Ah non! Il était vraiment trop nul. On m'a attaquée, moi, mais il y aurait aussi beaucoup à dire sur ceux qui récitent comme des cons, des textes nuls. (On est alors interrompus par un monsieur dont les oreilles traînaient, qui glisse à Sophie : "Vous savez, on oubliera Cannes et on continuera à vous aimer pour tout le reste.") Je ne sais pas ce qu'il a voulu dire mais ça avait l'air gentil!

Entretien réalisé par Michel Palmiéri et Olivia de Lamberterie

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