Introduction

Si Sophie Marceau s'est faite rare au moment de la sortie du dernier James Bond, c'est parce qu'elle tournait La fidélité, d'Andrzej Zulawski. Leur quatrième film ensemble. Et premier succès?

Questions - Réponses...

Peut-on commencer par la question que tous les mauvais journalistes vont vous poser?
Sophie : Épargnez-moi, je vous en prie...

Êtes-vous fidèle?
Sophie : On ne me l'a jamais posée, celle-là. Personne n'a encore osé. Et pourquoi cette question? Cela a un rapport avec le film?

Il s'appelle La Fidélité...
Sophie : C'est trop intime, je ne réponds pas.

Fidèle en amitié, à vos idées?
Sophie : Très fidèle.

Qu'est-ce qui vous a donné envie de faire ce film?
Sophie : Le personnage m'a plu dès le départ: il se situe à contre-courant, ne suit aucun système sinon le sien et voit le monde avec une grande liberté. En fait, le film s'inspire de La princesse de Clèves. Et même s'il n'a plus aucun rapport avec le livre, on en ressort avec la même impression.

Peut-on refuser un rôle à son complice dans la vie?
Sophie : Il y a des choses que nous avons envie de faire tous les deux, qui se provoquent et aboutissent parfois ensemble, et c'est très bien. Mais il écrit aussi des trucs qui ne sont pas pour moi.

Dans le film, vous épousez un homme plus vieux que vous et tentez de raisonner votre passion dévorante pour un gamin de 20 ans. Vous est-il arrivé d'avoir à gérer ce type de situation?
Sophie : Vous parlez de moi, là? Ah ça, je ne réponds pas à ce genre de questions.

Avez-vous l'impression d'avoir tourné un film "grand public"?
Sophie : Je ne sais pas ce que ça veut dire. Je suis toujours incapable de savoir ce qui est censé plaire ou pas au public.

Posons la question autrement : pensez-vous qu'un film de 2 h 45 d'Andrzej Zulawski part avec une bonne chance de casser la baraque?
Sophie : Si j'essaie de raisonner, je vous répondrai "non". Parce qu'il est difficile, dans le monde d'aujourd'hui, de trouver trois heures de son temps pour se laisser entraîner dans un voyage comme celui-là. Cela dit, quand je vois ce film, il me parle, me fait pleurer, me surprend, et je me dis que tout le monde peut avoir envie de voir ça.

Certains estiment que le financement des films français rend les producteurs de moins en moins préoccupés par les entrées en salles... Pensez-vous que celui de La fidélité a imaginé d'autres voies de rentabilité que son hypothétique succès?
Sophie : Je crois qu'il a tout imaginé. Comme il a mis beaucoup d'argent personnel, il a certainement pensé à toutes les sorties de secours pour se rembourser. Mais ce n'est pas mon problème. Ma responsabilité est de faire la promotion, le service après vente comme on dit. Le reste est une question commerciale.

Décidez-vous seule de vos choix de promotion?
Sophie : Au départ, je dis non à tout... et puis petit à petit, les trous de la passoire s'élargissent! J'ai accepté de faire Fréquenstar, par exemple. Il y a 1 h 30 d'émission sur moi (elle lève les yeux).

Vous avez l'air emballée...
Sophie : Non, c'était très bien, mais à la fin du tournage j'étais un peu fébrile. En fait, dans cette émission, on est très exposé, on se dévoile beaucoup et je trouve ça dangereux. C'est comme marcher au bord d'une falaise. Il suffit d'employer un mauvais mot pour que cela prenne des proportions.

Savez-vous quelle est la part de marché du cinéma français depuis le début de l'année?
Sophie : Je crois que le nombre d'entrées augmente, mais pas celles du cinéma français... Tout le monde a ses théories et je n'ai pas de réponse à apporter, cela ne m'intéresse pas. De toute façon, je ne vais pas au cinéma. Ça ne veut pas dire que je ne suis pas solidaire, les films français ne font simplement pas partie de mon horizon culturel.

Cette attitude ne vous pose pas de problème lorsque vous recevez des scripts d'auteur dont vous n'avez jamais vu les films?
Sophie : Je sais quand même ce qui se passe. Je vois les films en vidéo, ou alors des extraits. En fait, on arrive à se faire une idée assez vite.

Avez-vous voté aux derniers César?
Sophie : Comme je ne vois pas les films, ce serait malhonnête de voter. Mais j'ai vu Vénus beauté institut,

Et alors?
Sophie : Je trouve la réalisatrice touchante... mais ses films beaucoup moins.

Dans une interview donnée à Studio magazine l'été dernier, vous n'étiez pas tendre avec Gaumont, qui avait refusé le Jeanne d'Arc de Zulawski et avait accueilli à bras ouverts celui de Besson. N'est-ce pas une manière de faire semblant d'ignorer une certaine logique commerciale?
Sophie : C'est vrai, j'ignore tout de la production. Je suis simplement énervée quand un studio fait tout le contraire de ce qu'il a pu me dire. Pour le reste, comment pourrais-je savoir que Gaumont se place dans une logique commerciale qui conduit à ne pas respecter les lois qu'il contribue à faire voter.

C'est-à-dire?
Sophie : Tourner les films en anglais, par exemple. Gaumont le refuse aux autres... et le fait de son côté!

N'éprouvez-vous pas simplement une amertume que le film de Zulawski ne se soit pas monté?
Sophie : Non, ce que je regrette, c'est que Gaumont n'ait pas envie de tourner un Jeanne d'Arc par an! Et que ses patrons préfèrent produire un film en anglais, avec une actrice qui vient de je-ne-sais-où... Encore un peu, et ils reconstituaient Chinon à Hollywood!

Avez-vous vu le film de Besson?
Sophie : Non.

Un réalisateur comme lui vend-il davantage son âme au "diable" qu'une actrice française, en travaillant avec des Américains?
Sophie : Non, pas du tout. Il croit à mort en ce qu'il fait, Besson. On peut tout lui reprocher sauf ça.

Vous lui aviez parlé de "votre" Jeanne d'Arc?
Sophie : Je ne le connais pas, je l'ai juste croisé très brièvement dans des couloirs. Toujours très aimable...

Pourquoi mettez-vous un point d'honneur à déclarer à longueur d'interviews que vous ne connaissez personne, dans ce métier?
Sophie : Je ne mets pas de point d'honneur à dire ça. Quand je les rencontre, je suis même agréablement surprise. Et si quelqu'un veut me voir, c'est avec plaisir.

En même temps, plus vous êtes à l'écart, mieux vous vous portez...
Sophie : Je vis à l'écart de tout. Et pas uniquement du milieu du cinéma. Vous savez, les femmes d'aujourd'hui manquent de temps. Moi, je ne peux pas passer ma vie à prendre rendez-vous avec des gens que je ne connais pas...

Est-ce à cause de cette "distance" que vos collègues ne se précipitent pas pour vous défendre lorsque la presse vous attaque?
Sophie : Pourquoi prendraient-ils ma défense? Cette attitude est voulue, ce n'est pas de l'indifférence. Et de toute façon, je les entends très peu monter au créneau.

Comment expliquez-vous que les médias ne vous pardonnent jamais rien?
Sophie : Je ne sais pas, mais au moins il y a de la vie. Je crois que mon comportement fait des vagues parce que personne ne provoque jamais rien. Regardez Jospin, il suffit qu'il dise un mot juste pour que tout le monde lui tombe dessus. En fait, il ne se passe pas assez de choses, dans ce pays, les journalistes s'ennuient...

Est-ce par peur de représailles que vous limitez vos prises de positions politiques?
Sophie : Non, c'est parce que je n'ai plus le temps. Et puis, je me désintéresse de la politique française, je me tourne plus vers le monde et les grandes choses qui s'y passent. Il n'y a pas de sujets sur lesquels s'exprimer.

Et la parité hommes-femmes?
Sophie : Ça fait longtemps que tout devrait être réglé. On va discuter encore combien de temps? La politique est ennuyeuse. Et dès que quelqu'un prend une décision, tout le monde est dans la rue...

Et ces fortunes virtuelles qui se créent en Bourse, cela ne vous donne pas envie de monter au créneau?
Sophie : Tant mieux pour ceux qui en profitent. Ça ne m'enlèvera pas de l'idée que ce monde est bizarre: il tire toutes ses références, son équilibre et sa spiritualité dans l'argent. Pourtant, l'argent est une chose virtuelle, qui donne une valeur abstraite à tout, fait oublier les valeurs saines et conduit les gens à faire n'importe quoi.

En même temps, la vie est vulgaire : elle est aussi concrète et matérielle...
Sophie : Allez voir Matrix : nous vivons dans une réalité qui n'existe pas.

Entretien réalisé par Fabrice Pierrot

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