Introduction

Pour lui, elle a été fille de joie (L’amour braque, 1984), sorcière (Mes nuits sont plus belles que vos jours, 1989), héroïne romantique (La note bleue, 1990). Cette fois, elle est une photographe de presse et, surtout, l'épouse qui résiste à la tentation de la chair. La fidélité (sortie le 5 avril) est leur quatrième film ensemble. Pour Katherine Pancol, ils évoquent leur fils, leur vie à deux depuis seize ans et leur foi en l'amour. Pour des livres qu'ils n'avaient pas appréciés, ils ont décommandé leur rendez-vous à Bouillon de culture, chez Bernard Pivot.

Devant l'objectif, elle se met à nu, mais dans la vie, elle est toute de pudeur. Sage comme une des images qui la suivent depuis que les Français l'ont adoptée comme leur «Petite fiancée». Depuis vingt ans, l'amour de son public ne s'est jamais démenti, et c'est de l'homme qui la dirigea quand elle avait 17 ans que Sophie est tombée amoureuse. Pour la mettre en scène, Zulawski oublie leur intimité. Mais il apprécie de filmer une comédienne que personne ne connaît mieux que lui. «Il n'y a rien de plus beau que de voir son actrice passer de l'état de jeune fille à celui de femme ... » dit-il. Dans La fidélité, l'amour impossible s'exprimera par le jeu de la photo: ce n'est pas un hasard. Sophie est de cette race d'actrices dont la caméra, inévitablement, tombe amoureuse.

Tout en demi-teinte et en non-dits, La Fidélité est pourtant le film le plus brûlant de Sophie, l'éternelle femme-enfant, et Zulawski, le cinéaste de tous les excès, ont fait ensemble. Dans cette adaptation modernisée de La princesse de Clèves, le roman de Mme de La Fayette. Sophie incarne une photographe partagée entre deux hommes.

L'un (Pascal Greggory) est son mari, un éditeur qu'elle respecte sans être vraiment amoureuse de lui. L’autre (Guillaume Canet) est un séduisant reporter qui la fait fondre de désir, mais auquel elle résiste jusqu'au bout. «Je suis fascinée par cette jeune femme qui traverse la vie avec une sorte d'éthique naturelle, de droiture», avoue la star.

Elle est belle, fraîche, naturelle, pétillante : elle crève les yeux! Néanmoins, c'est difficile de l'interroger car elle esquive les questions avec l'adresse d'une jeune coquette entraînée et amusée. Elle vous échappe d'un sourire, d'un rire, d'une exclamation de feinte surprise et glisse, en secret, vers un autre monde. Elle est présente, proche et lointaine. Une ravissante énigme qu'elle déguise sous une grande simplicité.

Questions - Réponses...

Sophie : Moi, j'ai besoin de rester dans la vie et d'être une actrice. J'aime la vie, elle m'intéresse, il y a beaucoup de choses à faire. Des choses d'amour, de partage, d'échange. Et, en même temps, j'ai besoin de rêver, de vivre dans une bouée, dans mon monde. J'ai une vie tellement intéressante, je fais tellement de choses. J'aimerais avoir encore plus de temps pour en faire plus. J'ai un enfant que j'adore, un métier que j'adore, mes discussions avec Andrzej...

Vous avez le temps de tout faire?
Sophie : Je me lève à 7 h 30 avec le petit. On se prépare, on prend le petit déjeuner ensemble, je l'emmène à l'école et ensuite, à partir de 9 heures, je travaille pour moi. Moi, je ne suis pas quelqu'un de la nuit, j'aime le jour. Je dors la nuit car j'ai de longues journées très occupées. Le sommeil est très important pour moi.

D'où vous vient votre force à la fois terrienne et mystérieuse?
Sophie : De mes parents. Mon père est un mystique, ma mère une paysanne. Je me dessine ma morale tous les jours...

Vingt ans de cinéma! Vous avez grandi sous l’œil du public!
Sophie : C'est difficile de grandir! Je suis contente d'en être sortie... [Elle continue à parler en se regardant dans la glace. Elle dit n'importe quoi. Pour m'occuper.]

Vous ne répondez jamais aux questions?
Sophie : Ah bon? [Elle éclate de rire.] Ben vous voyez, j'étais prise par autre chose... C'est tout le temps comme ça. Je suis sur terre et en l'air. Par exemple, là, je viens de me regarder dans la glace et en même temps, je me disais: "Tiens, je n'ai pas écouté de musique aujourd'hui..." et je pensais à la musique que j'avais envie d'écouter! [Elle revient à ma question.] Ne pas avoir eu de jeunesse! Parfois, dans mes moments de blues, ça revient et je me plains moi-même! Enfin... On ne peut pas tout avoir! Est-ce que j'aurais été capable d'en faire quelque chose de ma jeunesse?

Et être regardée tout le temps?
Sophie : Ça ne me dérange pas parce que je suis une actrice et je crois que j'aime ça. Je n'ai pas honte de le dire. Moi, je ne suis rien, je vis dans le regard des autres. Je me faufile dans leur vie, je suis un peu un fantôme. Et en même temps, heureusement, je suis double et j'ai un côté "moi, je" qui a envie de se construire justement pour contrebalancer ce côté fantôme ! Oh lala ! je viens de vous faire une analyse là, direct express! [Elle éclate de rire.]

Vous imaginez ce que vous auriez été sans Andrzej?
Sophie : Totalement différente. Pas totalement mais.. disons que j'aurais été la même personne avec plein de portes pas ouvertes! Il m'a fait gagner un temps gigantesque. Je l'ai rencontré à un âge ou on est malléable, où on absorbe tout. Les gens ont besoin d'être irrigués, d'être écoutés, compris. C'est tellement important.

Ce doit être difficile de vivre avec un metteur en scène quand son film ne marche pas...
Sophie : C'est dur, mais qui vous a dit que la vie était facile? Ne pas avoir de succès, c'est comme parler tout seul dans le noir. Je lui dis d'en profiter maintenant parce que tout le monde a l'air d'aimer ce film-là. De toute façon, on ne vit pas avec son succès, on vit à la maison chez soi. Un couple, c'est fait pour surmonter des choses ensemble.

Vous ne vous êtes jamais dit "Cela fait seize ans qu'on vit ensemble, je veux tout changer et me refaire une autre vie"?
Sophie : Non! C'est un truc impossible à imaginer ! Même si on est des gens fébriles et qu'on peut s'emporter, c'est solide. Il y a un truc si fort entre nous! On s'apprend, on s'apprend beaucoup...

Vous vous voyez vieillir en vieux couple?
Sophie : On ne sera jamais un vieux couple parce que je serai toujours beaucoup plus jeune que lui! Et puis on est vachement vivants!

Il prétend qu'il ne s'intéresse pas du tout à votre carrière...
Sophie : Non, c'est pas ça! Je ne lui fais pas lire mes scripts parce que j'ai besoin d'être seule à décider. Je sais quand ça me plaît ou pas. Mais je lui demande son avis quand j'ai décidé de ne pas le faire. Là, on en parle. Mais moi, je sais déjà.

Il n'est pas allé voir le James Bond...
Sophie : Ça, c'est son sale caractère.

Vous croyez au coup de foudre?
Sophie : Oh oui... Quand j'ai rencontré Andrzej, c'était bien tout de suite. Je me souviens : il descendait l'escalier et j'ai vu ses jambes, le bas de ses jambes, ça m'a beaucoup plu... Mais je n'étais pas amoureuse, je n'en étais pas encore là; les coups de foudre, ce n'est pas forcément tomber amoureuse. Il faut insister et, parfois, ni l'un ni l'autre ne savent insister et cet instant fiche le camp. C'est un moment qu'il faut saisir.

Vous êtes sujette aux coups de foudre?
Sophie : Non! Moi, c'est tout ou rien. Toute la vie ou rien. C'est la passion. Pourtant, j'aime séduire, j'aime me sentir libre de plaire, je suis très indépendante. Mais j'aime ma vie avec Andrzej. J'imagine que ça me plaît puisque ça dure depuis si longtemps. Par exemple, La princesse de Clèves, j'ai mis du temps à comprendre que c'était un roman. Pour moi, c'était juste normal, quoi.

Et l'idée de vieillir?
Sophie : Le jour de mes 30 ans, j'ai flippé terriblement! Aujourd'hui, je vais en avoir 34 et je ne panique plus. Pour le moment, je me sens bien comme ça... C'est parce que j'ai grossi et que je vais à la campagne le week-end. On a repris une maison. En Normandie. La Normandie, c'est mon enfance, il fait toujours humide, on a les joues rouges, on croque des pommes, on fait des feux dans la cheminée...

Vous savez tenir une maison?
Sophie : J'adore ça. Je fais tout. Je jardine, je fais les courses, je cuisine, je décore! Elle est tenue, ma maison!

Vous passez facilement des escaliers du Festival de Cannes aux courses à Shopi?
Sophie : Parce que j'ai été habituée. J'ai toujours connu des ruptures de vie. Je me sens toujours bien où je suis, j'aime les différences. Je suis retournée dans ma banlieue, dans ma cité. Les immeubles sont murés. Un jour, ils vont tout détruire. Douze immeubles, les uns à côté des autres. Ca m'a fait une drôle d'impression! Mais ça ne me fait pas peur, c’est ma vie. Je retourne là et je suis comme chez moi ! Je viens de là, je suis de là.

Cela vous arrive de vous prendre pour Sophie Marceau?
Sophie : Jamais! Quand je réserve quelque part par exemple, je dis "Marceau", ça peut très bien être Armande Marceau! Mais la célébrité, c'est plutôt agréable, ce sont des sourires, une attention. C’est une communication avec les autres…

Rien, comparé à la présence de votre fils Vincent?
Sophie : Vincent, c'est le plaisir, l'émerveillement de chaque seconde. Une ouverture. C'est extrêmement prenant, mais ça apporte beaucoup de joie. Je l'emmène partout avec moi. Je ne le laisse jamais... Nous l'aimons comme la prunelle de nos yeux.

En avoir un autre?
Sophie : J'aimerais en avoir... plein (geste large de la main). Mais je pense aussi qu’il faut bien s'occuper d'un enfant. Je crois que les choses viennent quand elles doivent arriver - Vincent est arrivé que prévu - et quand elles arrivent, tout s'organise autour...

Sourire lumineux, tête qui penche, lasse. Bouche qui mime une demande : « S’il vous plaît, on arrête. » Et on arrête...

Entretien réalisé par Katherine Pancol

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