| Introduction |
| Questions - Réponses... |
Sophie : (Long silence.) Mieux... mieux... Les choses commencent à se calmer. |
Sophie : La tension, la fatigue, l'émotion... Je sortais d'une journée vraiment difficile, comme j'ai essayé de le dire. Éprouvante... J'étais partie très tôt le matin de Londres, où je tournais le James Bond, pour passer une partie de la matinée et de l'après-midi avec l'association Arc-en-ciel, qui se trouve à Annecy. |
Sophie : Elle s'occupe de réaliser les rêves d'enfants atteints de maladies graves et le plus souvent condamnés. C'est une association dont je suis la marraine et dans laquelle je me suis retrouvée impliquée, il y a cinq ans, après avoir reçu la lettre d'une petite fille dont le rêve était de me rencontrer. Il était prévu depuis longtemps que je passe la journée là-bas, et il était impossible, même pour Cannes, d'annuler ce déjeuner si important pour les enfants - et pour moi. Sans doute ai-je eu tort de penser que je pouvais tout faire dans la même journée... Débarquer sur la Croisette après ce que j'avais vècu à Annecy au milieu de ces enfants malades, ce n'était forcément pas évident. Je n'étais pas vraiment sur la même longueur d'onde que les festivaliers. |
Sophie : Peut-être, mais cela n'excuse pas du tout. J'étais dans mon monde. Un autre monde qui était si loin de la réalité cannoise! J'ai voulu parler de ça, dire des choses qui me tenaient à coeur, faire partager ces émotions que j'avais ressenties si fort. Malheureusement, tout s'est embrouillé dans ma tête. Mes pensées sont devenues confuses, j'ai bafouillé, j'ai essayé de tenir le coup jusqu'au bout... avant de finalement me laisser emporter et de basculer. J'ai eu un trou noir et, même aujourd'hui, je ne saurais pas vraiment expliquer ce qui s'est passé, ni le temps que ce cauchemar a duré... (Silence.) D'ailleurs, ça a duré longtemps? |
Sophie : J'ai essayé de ne rien lire... de me préserver. On raconte tellement de choses... En revanche, ce qui m'a ennuyée, c'est que Gilles Jacob puisse croire que je me foutais de lui et du Festival, que je ne les respectais pas. Je ne voulais pas qu'il pense que j'étais venue, blasée, faire mon show. J'étais réellement fière et heureuse de remettre la Palme d'or. D'ailleurs, j'ai accepté tout de suite lorsqu'on me l'a proposé. Je lui ai envoyé un mot pour lui demander de m'excuser. J'étais désolée aussi pour les frères Dardenne. Désolée de leur avoir un peu gâché leur moment... Heureusement, au milieu de toutes les critiques et les moqueries, j'ai reçu des lettres de soutien, des témoignages d'amitié formidables. Pas seulement du public, mais aussi des gens de la profession... |
Sophie : Oui. En même temps, j'étais attendue en Espagne sur le tournage du James Bond. Je me suis donc vite immergée à nouveau dans cette aventure qui occupe une bonne partie de mon emploi du temps depuis décembre. |
Sophie : J'étais très excitée. Tout a débuté à Londres par un rendez-vous, qui s'est fort bien passé, avec les producteurs Barbara Brocoli et Michael Wilson et le réalisateur Michael Apted. Ils avaient l'air heureux de me rencontrer. Le scénario n'était pas encore fini, mais ils parlaient de leur projet de manière très cohérente. J'ai tout de suite senti qu'ils avaient, avant tout, le souci de perpétuer la tradition Bond, tout en la modernisant. Un peu plus tard, j'ai reçu le script. Le rôle m'a amusée. C'est si rare, et si enivrant pour une actrice, de pouvoir ainsi sortir de la réalité et de pouvoir jouer avec le cinéma, avec la légende. |
Sophie : Pas du tout! J'étais sûre de mon choix. Quand je suis arrivée aux essais, je n'avais pas peur... |
Sophie : Bien sûr. J'ai d'abord fait une lecture à Los Angeles. Et quinze jours après, on a fait des essais filmés à Londres. On m'a demandé de venir quatre jours avant, pour que le travaille le texte avec une coach, que je choisisse des costumes - uniquement pour ces essais. Par contrat, il était prévu que j'obtienne une réponse une semaine plus tard. |
Sophie : Non, mais j'ai été très heureuse d'apprendre que j'étais choisie. Je rentrais à Los Angeles avec Andrzej (Zulawski). Nous venions de passer quelques jours dans le désert de Joshua Tree... En sortant de l'aéroport, persuadé que l'avais eu des nouvelles, il m'a conseillé d'interroger mon répondeur. Il avait raison : l'avais un message de mon agent américain, qui me disait : "You've got the part!" (Vous avez le rôle.) J'avais envie de courir, mais comme on était bloqués dans les embouteillages sur l'autoroute, c'était un peu difficile! |
Sophie : Pas en France. Mais en Amérique, les gens à qui l'en parlais me disaient : "Tu ne vas pas faire un James Bond!? C'est six mois de tournage. C'est une grosse machine commerciale et toi, tu es une actrice européenne." Comme si le fait d'être une actrice française vous condamnait forcément à ne jouer que dans des histoires à petit budget, des drames psychologiques, où les personnages parlent beaucoup et fument cigarette sur cigarette. (Rires.) Je leur ai répondu que l'une des raisons qui me poussaient à aller voir ailleurs, c'était justement de pouvoir jouer dans des films qu'on n'a pas l'habitude de faire en France! De toute façon, depuis mes débuts, on m'a toujours déconseillé de faire les films que j'avais choisis, sous prétexte qu'ils n'étaient pas pour moi. Apparemment, et après vingt ans de carrière, ça me réussit quand même pas trop mal! |
Sophie : Mais justement, je ne suis pas une James Bond girl! C'est un vrai personnage, une femme dangereuse. J'ai rencontré hier une journaliste anglaise qui, après avoir lu le script, m'a dit qu'il n'y avait jamais eu un rôle féminin aussi fort depuis le début de la série. Et elle s'y connaît, puisqu'elle les a tous vus. |
Sophie : J'ai dû en voir trois ou quatre. |
Sophie : C'est une séductrice qui a une autorité naturelle et de lourdes responsabilités. Mi-turque, mi-anglaise, c'est une riche héritière qui a évolué au sein de deux cultures différentes, mais complémentaires. Forte, intelligente, calculatrice, c'est aussi une femme compliquée et fragile qui a, en elle, tout un côté obscur, bizarre, qui vient de son enfance, puisqu'on apprendra, au cours du film, qu'elle a autrefois été kidnappée et que son père n'a pas voulu payer la rançon. C'est ce traumatisme qui, quelque part, lui a fait péter les plombs. |
Sophie : Dans ma tête, ce n'est pas une méchante! Elle a été torturée. Elle a souffert. Son côté diabolique est enfoui dans son mental. C'est peut-être d'ailleurs ce qui la rend encore plus dangereuse... |
Sophie : Le personnage de Bond lui-même. C'est un homme sympathique, qui rie vous ennuie jamais avec ses problèmes... C'est formidable, non? Et puis, c'est du spectacle. Uniquement du spectacle. L'humour et l'absurde se mélangent. On y parle de la vie, de l'amour, de la mort, mais avec une certaine distanciation et un humour très anglais... |
Sophie : Tout dépend de la relation que vous installez dès le départ avec l'équipe. C'est une grosse machine, mais derrière chaque poste, il y a une personne avec laquelle vous instaurez un rapport particulier. Certes, il peut y avoir des barrières culturelles mais, à partir du moment où vous êtes étrangère, vous sentez les gens plutôt curieux... Bien sûr, dans une telle structure, vous patientez beaucoup entre les scènes. Vous avez aussi parfois l'impression qu'on ne vous utilise pas assez, que les effets spéciaux sont plus importants que les acteurs, mais ça ne me dérange pas... |
Sophie : Avant, c'est terrible. Dès que j'arrive sur le plateau, j'ai peur. C'est comme si je devais passer mon bac... alors qu'en fait, je ne l'ai jamais passé! (Rires.) Mais j'adore travailler, être sur les plateaux. |
Sophie : Il a très bien compris comment jouer Bond. Il a été engagé pour la sympathie qu'il dégage, son regard bleu, son côté bel homme... Il est parfaitement dans son rôle. Bien sûr, j'aurais parfois envie de gratter un peu plus et de le provoquer pour découvrir ce qui se cache derrière cette apparence. Mais bon, je suis toute petite et il est James Bond! |
Sophie : Non. Mais il est à la fois la star et l'image du film. Et il est traité comme tel. Pierce est extrêmement protégé. Il ne sera jamais ridiculisé. Il n'aura jamais la mèche de travers. Mais sur James Bond, bien avant l'acteur ou le réalisateur, ce sont les producteurs qui ont le pouvoir. Ils s'occupent de tout, participent à l'écriture, choisissent les costumes, voient les rushes... L'autre jour, ils ont même changé la fin une heure avant le tournage. Comme c'est un film qui est vendu dans le monde entier, ils tiennent à respecter certaines contraintes. Par exemple, alors que, dans le film, on tue des gens à tour de bras, on n'a pas le droit d'y montrer un sein de femme - sinon le film ne sera pas vendu au Moyen-Orient! |
Sophie : Ils ont pensé à moi grâce à Firelight et... en voyant des photos sur Internet. D'ailleurs, aux USA, il y a plus de gens qui me connaissent grâce à Internet que grâce à mes films! |
Sophie : Fatiguée! Même si je n'ai pas travaillé tant que ça... De toute façon, les films, ce sont d'importantes parties de soi-même qui s'en vont et on ne sait pas toujours les fruits qu'on en récoltera. Ce n'est qu'une fois le tournage fini que la vie continue et reprend le dessus... On fait ses bagages et on s'en va. Bientôt, je quitterai Londres et, l'air de rien, le laisserai derrière moi six mois de vie. C'est quelque chose qui s'inscrit déjà dans le passé. Et, à mes yeux, le passé a toujours été important. |
Sophie : Pas tant que ça mais, en revanche, le temps a beaucoup d'importance... De plus en plus même... J'ai envie que ma vie soit une perpétuelle ascension. Je n'ai pas envie de rétrograder. Il faut toujours partir vers autre chose, continuer... |
Sophie : Non, je ne pense pas encore en ces termes. Ça va sans doute venir... Aujourd'hui, c'est davantage d'ordre mental. D'un côté, plus je grandis, plus je me sens capable d'entreprendre, de faire les choses moi-même. D'un autre côté, plus on vit, plus on réalise que les choses vont vite, plus on sait qu'il y a des occasions à ne pas manquer. Et il y a tant de choses à envisager qu'il ne faut pas perdre les pédales, ni "péter les plombs", ni se laisser aller; il faut reconnaître ses priorités. Mais où sont-elles mes priorités? Comment passer d'un état à un autre sans prendre de gifles ou de douches froides? Entre ma vie de mère, ma vie de femme et ma vie d'actrice. Entre ce que je dois faire et ce que je veux faire. Il y a quelques jours, par exemple, je suis allée passer le weekend en Pologne, chez moi, pour faire la promotion d'un livre pour enfants dont j'ai écrit les textes. J'étais toute fébrile en partant et en revenant, je quittais Bond, Londres, le cinéma, pour arriver dans notre maison de Varsovie où, après des mois d'absence, il y avait de la poussière partout. Il fallait que je fasse le ménage. J'avais envie de poser mes valises, de m'installer... Pendant quelques heures, j'ai parlé une autre langue, mangé une autre nourriture, rencontré des gens qui n'ont strictement rien à voir avec le cinéma... Ces changements d'univers sont parfois compliqués à gérer. |
Sophie : Un peu, quand même... En fait, je suis de partout et de nulle part. Mais "chez moi", c'est plutôt notre maison que la Pologne elle-même. On ne se sent chez soi que dans une maison et la seule maison que j'ai, elle est là-bas... |
Sophie : (Rires.) C'est une combinaison qui, dans nos carrières mutuelles, n'a pas été évidente. Si c'est compliqué de dîner avec une actrice qui vit avec un réalisateur, l'inverse n'est pas facile non plus. Ça dérange un peu tout le monde. Les gens deviennent méfiants à notre égard. Enfin, au bout du compte, tout ça n'a pas tellement d'importance. |
Sophie : Un tabou, non, parce que ces films on les aimes. Mais c'est quelque chose qui nous a forcément blessés, l'un et l'autre. D'autant que pour un metteur en scène, c'est très dur de refaire un film après un échec... (Silence.) Oui, ce serait mentir que de ne pas reconnaître que ces échecs nous ont profondément atteints. Plus on se sentait abattus, plus on nous donnait des coups de marteaux sur la tête. On a raconté des choses tellement méchantes! Sincèrement, sur L'amour braque, si on n'avait pas été un peu solides, il y avait de quoi se jeter par la fenêtre. Tellement de rage et de haine... C'est sans doute ça aussi la vie d'artiste. |
Sophie : Non. J'ai très envie ue ça commence. C'est un très joli projet. J'y pense tout le temps. Ça me tient en haleine. Avec Andrzej, on se connaît si bien! Je lui fais confiance. Je crois aussi qu'il me fait confiance... enfin... probablement moins que moi, mais... (Silence.) |
Sophie : Je ne sais pas... C'est tout simplement quelqu'un d'exigeant, qui demande à ses acteurs et à ses techniciens de donner le plus possible. Il nous porte, nous regarde vraiment et veut toujours en savoir plus. C'est flatteur, parce qu'on se sent très important. C'est bien de tourner à nouveau ensemble, il y a eu tellement de projets avortés... |
Sophie : Oui. J'étais allée voir la Gaumont pour leur demander de nous produire, tout en sachant qu'ils allaient sans doute me rire au nez. J'étais bien consciente que des protestants ne pouvaient pas faire un film sur une héroïne catholique. Surtout mis en scène par un fou de Polonais! Ils n'ont jamais donné suite à ce rendez-vous... Ce qui ne les a pas empêchés de produire le film de Besson, tourné en anglais! Ce qui est quand même le comble pour Jeanne d'Arc! Ces gens-là ont des principes sur le cinéma et ils vendent leur culture à l'Amérique... |
Sophie : (Silence.) Je n'ai pas lu le script. Je ne sais pas ce qu'il a fait de Jeanne d'Arc... |
Sophie : Ça, justement! Elles sont plus grandes que la vie. Je vis sans doute pas mal dans mes illusions, mais je reste persuadée que chacun, à un moment de son existence, peut être "bigger than life". C'est exaltant de vouloir arranger le monde à son idée... Ces femmes sont d'autant plus formidables qu'elles essaient de faire quelque chose de leur existence. Elles se battent. Elles ont de l'ambition. |
Sophie : Ma seule ambition, c'est de trouver mon chemin dans cette vie, d'y faire quelque chose et de construire ma maison... |
Sophie : Hélas, non! On a toujours en soi des forces constructives et des forces destructives. Parfois, la balance penche davantage d'un côté que de l'autre. Mais, pour détruire, il faut déjà avoir construit quelque chose, non? |
Sophie : Oui... (Silence.) C'est ce qu'il y a de plus facile à faire. Cette pulsion-là, je l'ai très fort en moi, mais heureusement, très vite, je me suis accrochée à autre chose qu'à moi-même. |
Sophie : À la réalité, à tout ce que je peux faire ou avoir fait. Je ne parle pas de mon fils, bien sûr... ni de mes films, mais quand je retourne dans ma maison en Pologne, que je vois quelque chose que j'ai fabriqué de mes mains, un tableau que j'ai acheté, ce petit livre pour enfants que j'ai écrit, cela me donne de l'élan. Chaque jour, il faut savoir pourquoi on existe, pourquoi on est là... |
Sophie : Il y a peut-être des trucs dans les étoiles, des influences célestes, qui décident de notre sort, mais je sais aussi que parfois, pour s'en sortir, il faut savoir tordre le cou au destin. Petite, j'avais tellement conscience de la vie toute tracée qui m'attendait, je savais tellement ce qui allait m'arriver, que si je ne m'étais pas bougée, je ne serais peut-être jamais sortie de ma banlieue. C'est moi qui, à 12 ans, suis partie chercher du travail. Je voulais faire quelque chose de ma vie. Je n'avais pas précisément une ambition de cinéma, j'étais plutôt animée par des questions beaucoup plus existentielles. Je me disais : "Qui vais-je être? Serai-je du côté du bien ou du mal? Comment vais-je vivre? Est-ce que je vais être libre? ..." La liberté, voilà quelque chose qui m'a toujours obsédée. |
Sophie : Non, mais je ne me suis pas non plus perdue. Je ne suis pas devenue une autre. |
Sophie : C'est vrai. J'ai revu récemment une émission que j'avais faite à 13 ans, où j'étais très sérieuse, où ce que je disais était lourd de sens, où on avait l'impression que j'avais le poids du monde sur mes épaules... Je n'ai pas tellement changé, sauf que, maintenant, tout ça me pèse moins. Je suis dans le monde. Le monde est en moi. C'est un rapport d'égal à égal. |
Sophie : Je faisais tellement d'allers-retours que plutôt que d'aller à chaque fois à l'hôtel, j'ai loué une maison. Quelques jours après, j'étais engagée sur le James Bond. Je n'ai donc quasiment jamais habité là-bas. Mais, pour être honnête aussi, je reçois plus de scénarios des Etats-Unis que de la France. |
Sophie : À l'époque, oui... C'est vrai que pendant ces quatre dernières années, je n'avais plus envie d'être à Paris. Il n'y avait rien pour me retenir, pas un projet qui m'intéressait. En plus, c'était après toute l'aventure de Marquise... J'avais envie de voyager, de connaître d'autres gens, d'apprendre, de voir... Mais je n'ai jamais vraiment quitté la France non plus. |
Sophie : Loin de moi l'idée de vouloir tout recommencer! Je n'ai pas travaillé vingt ans pour repartir à zéro. Seulement, parfois, c'est bien d'arriver quelque part et de se dire qu'on n'a ni passé ni histoire... Et que tout peut arriver! |
Sophie : J'ai un agent, mais je ne suis pas vraiment dans le système. Je résiste. Je refuse d'avoir, comme tous les acteurs qui vivent à Hollywood, un publiciste, un manager... Je ne suis pas habituée à travailler comme ça. Ma force, c'est que, depuis que j'ai 13 ans, je me démerde seule. À mes débuts, je n'ai pas eu d'agent pendant quatre ans. Mon nom était dans l'annuaire. C'est moi qui prenais mes rendez-vous avec les journalistes. Alors, aujourd'hui, quand on me dit : "Ton agent va choisir tes photos, tes interviews", je réponds qu'il n'en est pas question. |
Sophie : Ils ne me connaissent quasiment pas! |
Sophie : C'est toujours mieux d'être dans un bon film. Mais Braveheart, c'est avant tout le film d'un homme, Mel Gibson. |
Sophie : Oui. C'est un acteur avec lequel je m'entends bien. J'aimerais beaucoup jouer à nouveau avec lui. Une comédie, un thriller... Entre nous, il y a plein de possibilités. À la limite, sur Braveheart, j'aurais préféré qu'il ne soit qu'acteur... |
Sophie : Non. On se fait des coucou par personnes interposées. Un jour, il m'a dit : "Appelle-moi..." Je lui ai répondu que pour que je puisse lui téléphoner, il fallait au moins qu'il me laisse son numéro de téléphone! Il ne me l'a pas donné! C'est un garçon compliqué... |
Sophie : Je ne sais pas. Je ne fréquente ni les unes, ni les autres... |
Sophie : Je ne sors pas. Je ne vois personne. Je tourne avec certaines stars, mais je ne les connais pas. Par exemple, je n'ai jamais rencontré Catherine Deneuve... |
Sophie : On les a descendues ensemble et, après, on est montées dans la même voiture. |
Sophie : Non, j'exagère. Bien sûr, j'ai quelques amis dans ce métier, mais on se voit comme ça, de temps en temps, pour déjeuner. Pas plus. |
Sophie : Je le crois vraiment. Récemment, j'ai découvert chez mon fils quelque chose que j'ai aussi en moi. Il est très sociable, mais dès que, à l'école, ils montent un spectacle, il pleure, il est mal à l'aise au milieu de ses camarades et perd ses moyens... il a la sensation de disparaître dans le nombre. Ça le rend malheureux. Moi, c'est pareil. Dès que je suis dans un groupe, je ne suis plus moi-même. Je vais ressembler à Binoche ou à Béart. Ou alors, je vais être contre, ce dont je n'ai pas envie... |
Sophie : S'il y a un rôle, oui. |
Sophie : Non. Vous appelez vos copains journalistes pour leur demander si votre article est bien écrit? |
Sophie : Pourquoi? J'adore les acteurs, et encore plus les actrices, mais je les connais si bien que, forcément, dans la vie, ils ne me fascinant pas tant que ça. Ils m'intéressent plus en tant qu'acteurs qu'en tant que personnes. Je préfère qu'ils me sortent toutes leurs plumes, qu'ils fassent le paon et qu'ils me montrent ce qu'ils savent faire sur scène ou devant une caméra. Cela dit, j'ai passé un dîner très agréable aux Césars. Il y avait Nathalie Baye, qui est une femme formidable, Charlotte Gainsbourg... Elle est très impressionnante, vous ne trouvez pas? |
Sophie : Ah, bon? Alors, ce serait un cauchemar pour vous d'être à table entre Charlotte et moi?! (Rires.) |
Sophie : C'est vrai, j'adore ça. Et Charlotte a une grâce insensée! |
Sophie : Bien. C'est ma maison. J'ai appris le cinéma à travers les plateaux et les scénarios français. Ce sont mes racines, c'est mon école, et c'est une bonne école. Ce qui n'empêche pas qu'on puisse se disputer, parfois, avec les siens. |
Sophie : Je ne sais pas. Marquise marque, en tout cas, la fin de quelque chose dans ma carrière et dans ma tête. J'avais le sentiment d'être dans l'erreur, je ne pouvais pas aller plus loin dans le malentendu. Il fallait que j'arrête de m'user à faire n'importe quoi, sinon j'allais devenir folle... C'était presque une question de vie ou de mort. Il ne faut jamais en arriver à de telles extrémités. Cette histoire a été très violente et m'a beaucoup touchée. |
Sophie : Terriblement. Mais, c'est de ma faute aussi. Il ne faut travailler qu'avec des gens avec lesquels on partage un point de vue, un goût artistique. Véra et moi n'avions rien à voir l'une avec l'autre. J'aimais tellement ce personnage de Marquise que j'ai cru que je pourrais sauver le film toute seule. J'étais naïve. J'aurais dû être assez humble pour refuser cette proposition mais, à l'époque, je manquais terriblement d'humilité. |
Sophie : Oh, oui... Pendant un mois, j'ai essayé et puis ça a dégénéré. Je ne dis pas que c'est uniquement de la faute de Véra, mais bon... J'ai une amie un peu sorcière qui m'a dit un jour : "J'ai compris ce qui c'est passé sur Marquise. Comment voulais-tu que ça se passe bien? Le metteur en scène voulait être l'actrice et l'actrice le metteur en scène..." (Rires.) |
Sophie : J'ai dit ça? Ce n'est pas vraiment le genre de choses que je devrais dire! (Rires.) |
Sophie : Sans doute suis-je plus vierge pour les Américains... C'est vrai que j'aurais voulu travailler davantage ici. En même temps, je comprends leurs hésitations. Je n'ai pas toujours été facile à cerner. Je n'ai jamais fait ce qu'on attendait de moi. Je n'ai jamais vraiment non plus été jeune, branchée... |
Sophie : C'est peut-être maintenant que ça va se faire. Je suis plus en adéquation avec eux qu'autrefois... |
Sophie : Son film m'a impressionnée. J'ai trouvé ça jeune, ébouriffé. Pourquoi a-t-il été... assassiné? C'est criminel de traiter comme ça un cinéaste de 30 ans, surtout après l'accueil qu'on avait fait à La haine qui, à mes yeux, était un film beaucoup plus bourgeois. On s'est rencontrés une fois à Los Angeles, à la première d'Alien 4. Je lui ai dit que j'avais aimé son film. Mais il était méfiant, distant, blessé, très "contre"... Il n'était sans doute pas contre moi, mais contre ce que je représente, c'est-à-dire le cinéma français. |
Sophie : "On connait la chanson", "Place Vendôme", "Ceux qui m'aiment prendront le train"... Chéreau, c'est un vrai metteur en scène. J'aimerais tourner avec lui. |
Sophie : Oui, parce que... (Silence.) Je ne regrette pas de ne pas l'avoir fait. Ce n'était pas un rôle pour moi. Et Valeria Bruni-Tedeschi est très bien... |
Sophie : Oui, mais c'est fini tout ça. (Elle a 32 ans.) Maintenant, je suis dedans et c'est génial. |
Sophie : Non. Mais c'est une porte à jamais ouverte sur le monde. C'est comme si on me disait : "Rassure-toi, quoi qu'il t'arrive sur terre, il y aura toujours un petit ange à côté de toi pour t'empêcher de tomber au fond du trou." |
Sophie : L'avenir, c'est maintenant. Il y a plein de théories sur le bonheur. Je pense qu'il suffit d'avoir une ou deux certitudes sur la vie et sur l'amour, de s'y tenir et de laisser les choses bouger autour de soi... |
Sophie : Un peu. Mais on peut déjà le changer en retournant la terre de son jardin pour planter des fleurs... |
Sophie : Je la vois avec de grands trous. Vingt ans, c'est beaucoup et pourtant, j'ai encore l'impression d'être au début de ma carrière... J'ai envie de surprendre et d'être surprise. Il y a encore tellement de choses à expérimenter, à entreprendre, à faire... J'aime ce qui commence. J'aime les renaissances. Je préfère le matin, quand tout est à nouveau possible, plutôt que le soir, quand la nuit tombe... |
Entretien réalisé par Thierry Klifa |